Les chroniques de la rentrée littéraire épisode 1

C’est le retour de la rentrée littéraire ! Avec un peu moins de 500 romans, la production éditoriale est encore une fois pléthorique, bien que légèrement plus modeste. Et puisque le choix est large en ce mois de septembre, vous retrouverez dès aujourd’hui la sélection de rentrée de la FDLB : une trentaine de romans adultes et jeunesse qui nous paraissent incontournables seront chroniqués à raison d’un livre par jour par l’ensemble de l’équipe.

Par Lire à Bron.

Littérature ADULTE

Chien 51, Laurent Gaudé (Actes Sud)

Ecrit, comme l’aurait dit J.G Ballard, avec « un quart d’heure d’avance », ce récit de légère anticipation nous emmène dans un monde pas si improbable où des consortiums privés rachètent les états en faillite. C’est le cas de la société GoldTex, qui a remplacé l’ancienne Grèce par un pays « moderne », connecté, télésurveillé, déshumanisé. Le héros de ce roman addictif, devenu le chien du pouvoir – un policier déclassé – va tenter au fil d’une enquête labyrintique de retrouver les traces du passé et du monde englouti dont il est issu. Avec ce roman intime et politique, Laurent Gaudé fait un pas de côté vers l’anticipation en continuant d’explorer les grands motifs de son œuvre : l’aliénation des êtres, la force de la mémoire, l’illusion de la révolte et la violence des trahisons.
À retrouver chez mon libraire 

En salle, Claire Baglin (Minuit)

Dans une alternance de récits à l’écriture ténue et précise, Claire Baglin met en scène une jeune femme d’aujourd’hui, de son enfance dans une famille modeste qui déjeune au Mac Donalds les jours de fête à son premier petit boulot, à la vingtaine, dans le même fast food, entre cadence infernale et apprentissage du monde du travail. Un beau roman d’apprentissage qui explore la fratrie, l’héritage social, la honte des origines et la réalité d’une jeunesse dont les rêves d’avenir sont confrontés à la violence et la fragilité du monde contemporain. Un premier roman à découvrir.
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La vie clandestine, Monica Sabolo (Gallimard)

Première lauréate du Prix Summer en 2018 (nommé ainsi en clin d’oeil à son livre), Monica Sabolo poursuit l’exploration de ses motifs récurrents – l’enfance, la violence, la solitude, le féminin, la culpabilité – dans un nouveau roman, La vie clandestine, qui entremêle son histoire personnelle et la lutte armée du groupe Action directe, et notamment des deux jeunes femmes qui passèrent à l’acte au milieu des années 80. Réflexion sur le mal, l’engagement, la légitimité de la violence, La vie clandestine est aussi un grand roman sur le secret, le silence des bourreaux – autant que celui des victimes – que la littérature permet ici d’investir et de combler.
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Tibi la blanche, Hadrien Bels (Iconoclaste)

Découvert avec la parution de l’excellent Cinq dans tes yeux, ancré dans sa ville natale de Marseille, Hadrien Bells récidive avec un roman qui nous plonge cette fois dans la banlieue de Dakkar sur les traces de trois amis d’enfance – dont la fascinante Tibi – qui attendent les résultats du bac, résultats dont dépend leur avenir, et notamment leur départ en France. Chronique du passage à l’âge adulte, roman d’une ville, portrait d’un pays mosaïque, Tibi la blanche confirme le talent de l’auteur pour décrire les lieux, les ambiances et les villes, mais aussi les élans intimes des personnages – leurs rêves, leurs désirs, leurs défaites – avec une gouaille poétique toujours aussi savoureuse.
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Quand tu écouteras cette chanson, Lola Lafon (Stock)

Nouvelle venue dans l’excellente collection « Ma nuit au musée » des éditions Stock – qui invite un écrivain à écrire un texte à partir d’une nuit passée dans le musée de son choix – Lola Lafon a choisi la maison Anne Franck, à Amsterdam, et cela sonne presque comme une évidence, tant ce personnage résonne avec les thèmes de ses précédents livres : l’adolescence, la violence, le silence, l’appropriation du corps et de la parole des jeunes filles… Ce bref passage dans ce lieu maudit et mythique, et notamment dans l’annexe où Anne Franck passa plus de deux ans, permet à Lola Lafon d’explorer encore plus avant cette histoire tragique trop souvent simplifiée, et de redonner au fameux journal la dimension qu’il mérite, à savoir l’une des œuvres littéraires les plus importantes du 20ème siècle.
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L’homme qui danse, Victor Jestin (Flammarion)

Après avoir situé son premier roman, La chaleur, dans un camping, Victor Jestin investit un nouveau lieu assez peu littéraire (a priori) puisque l’essentiel de L’homme qui danse se situe… dans une boîte de nuit ! On y suit le chemin initiatique d’un homme qui va passer ses nuits sur le dance floor d’une discothèque appelée La Plage, à la recherche de l’amour bien sûr, mais aussi de lui-même, dans une succession de rencontres amicales et sexuelles qui vont petit à petit dessiner le portrait d’un garçon d’aujourd’hui, dont le destin s’inscrit douloureusement entre injonctions esthétiques et normes morales.
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Musée Marilyn, Anne Savelli (Inculte)

A l’occasion des soixante ans de la mort de Marilyn Monroe, nombreux sont les livres consacrés à cette icône du 20ème siècle, mais s’il devait n’en rester qu’un, ce serait celui d’Anne Savelli, le plus passionnant et le plus singulier ! Son Musée Marilyn nous mène dans la visite d’une expo virtuelle composée de tous les clichés de la carrière de l’actrice, de la jeune Norma Jean Baker ouvrière à la fameuse série des photos volées à la morgue en 1962. Des photos que le lecteur ne voit pas, mais que la narratrice / visiteuse décrit avec minutie, en contextualisant chacun des clichés et en en explorant les enjeux. Un grand livre aussi sur le corps, les illusions perdues, et sur les coulisses de l’âge d’or hollywoodien.
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Les Presque Soeurs, Cloé Korman (Seuil)


Après avoir donné un essai passionnant sur son identité juive et la question du racisme dans la France d’aujourd’hui, Cloé Korman revient avec un récit émouvant et salutaire consacré à six petites filles juives des familles Korman et Kaminski, arrêtées à Paris en 1942 – ses propres cousines mourront en déportation alors que les trois autres parviendront à s’échapper. Grâce à une enquête historique et familiale, mais aussi à une mise en écho contemporaine, elle parvient à rendre compte de l’horreur vécue par ces enfants lors de de cette période noire tout en analysant avec beaucoup de radicalité et de précision la responsabilité de l’État français dans cette entreprise monstrueuse. Un livre glaçant et émouvant, d’une sensibilité à fleur de peau, qui confirme que l’autrice des Hommes-couleurs est une grande écrivaine.
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Z comme zombie, Iegor Gran (P.O.L)


Quel plaisir de retrouver l’impertinence et l’originalité littéraire de l’écrivain Iegor Gran, qui explore avec ce nouveau roman aux allures de fable la réalité de la Russie contemporaine face à la guerre menée en Ukraine, entre déni et propagande. Solidement ancré dans le réel, ce texte n’en est pas moins un objet littéraire à part entière, où l’auteur poursuit son etat des lieux d’un pays où il est né, et qu’il avait déjà sondé dans Les Services compétents, à travers le portrait de son père, dissident du KGB exilé en France. Un livre politique, indispensable dans le temps présent, qui rappelle l’esprit transgressif de cet écrivain singulier, déjà entrevu dans des livres comme O.N.G ! ou L’Écologie en bas de chez moi. Du grand Gran, une fois de plus !
À retrouver chez mon libraire

 

Littérature JEUNESSE

Au début, Ramona Bădescu et Julia Spiers (Les Grandes Personnes)

Au début est un album qui surprend avec ses deux couvertures en miroir et ses deux pages de titres. Il faut avancer dans le livre pour comprendre, par petites touches, comment se déploie l’histoire de cette famille. Une bande d’enfants, les fruits d’un néflier, un merle, des amoureux… Autour du jardin familial, les générations se côtoient, se succèdent ou se précédent, selon le sens de lecture choisi. Ce récit illustré à l’aquarelle avec une large palette de couleurs aux tons passés, évoque les vieux albums photos. On n’en attendait pas moins d’une collaboration entre Ramona Badescu et Julia Spiers, qui offrent un livre fascinant sur le temps qui passe et invitent à le lire et le relire pour mieux saisir les détails d’une vie.

Dès 3 ans
À retrouver chez mon libraire

Merci pour la tendresse, Myren Duval et Emma Constant (Le Rouergue)

Sous ses faux airs de chroniques humoristiques, ce roman graphique nous plonge dans le quotidien d’une petite fille livrée à elle-même, en dehors des visites régulières de sa tante. Entre les rêveries solitaires pour s’extraire de la compagnie fantomatique de sa mère, les balades au parc et les déjeuners au restaurant avec cette tante qui lui apporte l’affection qui lui manque, se tisse le récit tout en douceur d’une enfance étouffée. Les dialogues pleins d’humour, les personnages représentés comme des animaux étrangement familiers, quelque part entre l’insecte, le mammifère et l’être humain, font de ce livre un objet rare, touchant et drôle, qui réussit à aborder le sujet délicat de l’alcoolisme à hauteur d’enfants.

Dès 10 ans
À retrouver chez mon libraire

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© Fête du livre de Bron 2021

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