Les chroniques de la rentrée littéraire / Septembre 22

Avec un peu moins de 500 romans, la production éditoriale de la rentrée littéraire de septembre a été encore une fois pléthorique. Pour vous aider dans ce large choix, l’équipe de la FDLB vous propose une sélection d’une trentaine de romans adultes et jeunesse chroniqués.

Par Lire à Bron.

Littérature ADULTE

Chien 51, Laurent Gaudé (Actes Sud)

Ecrit, comme l’aurait dit J.G Ballard, avec « un quart d’heure d’avance », ce récit de légère anticipation nous emmène dans un monde pas si improbable où des consortiums privés rachètent les états en faillite. C’est le cas de la société GoldTex, qui a remplacé l’ancienne Grèce par un pays « moderne », connecté, télésurveillé, déshumanisé. Le héros de ce roman addictif, devenu le chien du pouvoir – un policier déclassé – va tenter au fil d’une enquête labyrintique de retrouver les traces du passé et du monde englouti dont il est issu. Avec ce roman intime et politique, Laurent Gaudé fait un pas de côté vers l’anticipation en continuant d’explorer les grands motifs de son œuvre : l’aliénation des êtres, la force de la mémoire, l’illusion de la révolte et la violence des trahisons.
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En salle, Claire Baglin (Minuit)

Dans une alternance de récits à l’écriture ténue et précise, Claire Baglin met en scène une jeune femme d’aujourd’hui, de son enfance dans une famille modeste qui déjeune au Mac Donalds les jours de fête à son premier petit boulot, à la vingtaine, dans le même fast food, entre cadence infernale et apprentissage du monde du travail. Un beau roman d’apprentissage qui explore la fratrie, l’héritage social, la honte des origines et la réalité d’une jeunesse dont les rêves d’avenir sont confrontés à la violence et la fragilité du monde contemporain. Un premier roman à découvrir.
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La vie clandestine, Monica Sabolo (Gallimard)

Première lauréate du Prix Summer en 2018 (nommé ainsi en clin d’oeil à son livre), Monica Sabolo poursuit l’exploration de ses motifs récurrents – l’enfance, la violence, la solitude, le féminin, la culpabilité – dans un nouveau roman, La vie clandestine, qui entremêle son histoire personnelle et la lutte armée du groupe Action directe, et notamment des deux jeunes femmes qui passèrent à l’acte au milieu des années 80. Réflexion sur le mal, l’engagement, la légitimité de la violence, La vie clandestine est aussi un grand roman sur le secret, le silence des bourreaux – autant que celui des victimes – que la littérature permet ici d’investir et de combler.
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Tibi la blanche, Hadrien Bels (Iconoclaste)

Découvert avec la parution de l’excellent Cinq dans tes yeux, ancré dans sa ville natale de Marseille, Hadrien Bells récidive avec un roman qui nous plonge cette fois dans la banlieue de Dakkar sur les traces de trois amis d’enfance – dont la fascinante Tibi – qui attendent les résultats du bac, résultats dont dépend leur avenir, et notamment leur départ en France. Chronique du passage à l’âge adulte, roman d’une ville, portrait d’un pays mosaïque, Tibi la blanche confirme le talent de l’auteur pour décrire les lieux, les ambiances et les villes, mais aussi les élans intimes des personnages – leurs rêves, leurs désirs, leurs défaites – avec une gouaille poétique toujours aussi savoureuse.
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Quand tu écouteras cette chanson, Lola Lafon (Stock)

Nouvelle venue dans l’excellente collection « Ma nuit au musée » des éditions Stock – qui invite un écrivain à écrire un texte à partir d’une nuit passée dans le musée de son choix – Lola Lafon a choisi la maison Anne Franck, à Amsterdam, et cela sonne presque comme une évidence, tant ce personnage résonne avec les thèmes de ses précédents livres : l’adolescence, la violence, le silence, l’appropriation du corps et de la parole des jeunes filles… Ce bref passage dans ce lieu maudit et mythique, et notamment dans l’annexe où Anne Franck passa plus de deux ans, permet à Lola Lafon d’explorer encore plus avant cette histoire tragique trop souvent simplifiée, et de redonner au fameux journal la dimension qu’il mérite, à savoir l’une des œuvres littéraires les plus importantes du 20ème siècle.
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L’homme qui danse, Victor Jestin (Flammarion)

Après avoir situé son premier roman, La chaleur, dans un camping, Victor Jestin investit un nouveau lieu assez peu littéraire (a priori) puisque l’essentiel de L’homme qui danse se situe… dans une boîte de nuit ! On y suit le chemin initiatique d’un homme qui va passer ses nuits sur le dance floor d’une discothèque appelée La Plage, à la recherche de l’amour bien sûr, mais aussi de lui-même, dans une succession de rencontres amicales et sexuelles qui vont petit à petit dessiner le portrait d’un garçon d’aujourd’hui, dont le destin s’inscrit douloureusement entre injonctions esthétiques et normes morales.
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Musée Marilyn, Anne Savelli (Inculte)

A l’occasion des soixante ans de la mort de Marilyn Monroe, nombreux sont les livres consacrés à cette icône du 20ème siècle, mais s’il devait n’en rester qu’un, ce serait celui d’Anne Savelli, le plus passionnant et le plus singulier ! Son Musée Marilyn nous mène dans la visite d’une expo virtuelle composée de tous les clichés de la carrière de l’actrice, de la jeune Norma Jean Baker ouvrière à la fameuse série des photos volées à la morgue en 1962. Des photos que le lecteur ne voit pas, mais que la narratrice / visiteuse décrit avec minutie, en contextualisant chacun des clichés et en en explorant les enjeux. Un grand livre aussi sur le corps, les illusions perdues, et sur les coulisses de l’âge d’or hollywoodien.
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Les Presque Soeurs, Cloé Korman (Seuil)

Après avoir donné un essai passionnant sur son identité juive et la question du racisme dans la France d’aujourd’hui, Cloé Korman revient avec un récit émouvant et salutaire consacré à six petites filles juives des familles Korman et Kaminski, arrêtées à Paris en 1942 – ses propres cousines mourront en déportation alors que les trois autres parviendront à s’échapper. Grâce à une enquête historique et familiale, mais aussi à une mise en écho contemporaine, elle parvient à rendre compte de l’horreur vécue par ces enfants lors de de cette période noire tout en analysant avec beaucoup de radicalité et de précision la responsabilité de l’État français dans cette entreprise monstrueuse. Un livre glaçant et émouvant, d’une sensibilité à fleur de peau, qui confirme que l’autrice des Hommes-couleurs est une grande écrivaine.
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Z comme zombie, Iegor Gran (P.O.L)

Quel plaisir de retrouver l’impertinence et l’originalité littéraire de l’écrivain Iegor Gran, qui explore avec ce nouveau roman aux allures de fable la réalité de la Russie contemporaine face à la guerre menée en Ukraine, entre déni et propagande. Solidement ancré dans le réel, ce texte n’en est pas moins un objet littéraire à part entière, où l’auteur poursuit son etat des lieux d’un pays où il est né, et qu’il avait déjà sondé dans Les Services compétents, à travers le portrait de son père, dissident du KGB exilé en France. Un livre politique, indispensable dans le temps présent, qui rappelle l’esprit transgressif de cet écrivain singulier, déjà entrevu dans des livres comme O.N.G ! ou L’Écologie en bas de chez moi. Du grand Gran, une fois de plus !
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Un enfant sans histoire, Minh Tran Huy (Actes Sud)

Un livre aussi bouleversant que nécessaire de l’écrivaine et critique littéraire Minh Tran Huy qui entremêle l’histoire de son fils Paul, atteint d’un trouble autistique important, et celle de Temple Gradin, qui est parvenu à surmonter ce handicap pour devenir une icône Hollywoodienne. De la découverte des premiers signes à celle du scandale que constitue la prise en charge défaillante de l’autisme en France, en passant par les impacts sur le couple, la famille, l’entourage, le rapport au monde dans son ensemble, elle parvient à combiner une réflexion intime d’un courage admirable à une vision plus large d’un angle mort de nos sociétés. Tout en donnant une histoire – notamment avec le personnage de Temple, celle qu’il « aurait pu être » – à cet enfant sans langage, dont le destin nous hante longtemps après la lecture.
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L’Effet Titanic
, Lili Nyssen
(Les Avrils)

Premier roman d’une jeune femme issue du master de création littéraire du Havre, L’Effet Titanic aborde avec une écriture particulièrement sensible et originale un motif pourtant rebattu en littérature, celui du premier amour, et plus largement celui de la première fois. Son héroïne, autrice en devenir, y éclaire sa propre histoire en écrivant la relation fictionnelle de Flora et Zak, deux jeunes gens que tout oppose et qui pourtant s’aimeront intensément – comme on aime à 20 ans ! Un dispositif narratif très maîtrisé, qui aborde avec beaucoup de justesse l’émotion des débuts, les premières désillusions, la fureur de vivre et le vertige que constitue le passage à l’âge adulte. Une découverte !
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Une somme humaine, Makenzy Orcel (Rivages)

Pendant français d’un précédent roman « haïtien » de l’auteur, intitulé L’Ombre animale, ce nouveau roman de Makenzy Orcel nous plonge de nouveau dans la tête et le corps d’une femme qui raconte son histoire, de sa naissance à sa mort, en passant par une enfance aisée mais sans amour, une adolescence marquée par la violence patriarcale, et une vie sentimentale aux allures de tragédie. Portée comme toujours chez Orcel par une langue à la fois lyrique et crue, constituée de matériaux divers qui font la singularité du livre – des lettres, des articles, des enregistrements, des poèmes – cette confession post-mortem est tout autant le magnifique portrait d’une femme en lutte que le tableau mordant d’une société provinciale rongée par la domination des hommes et le mal qu’elle engendre.
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Le Trésorier-payeur, Yannick Haenel (Gallimard)

L’aventure littéraire du nouveau roman  de Yannick Haenel débute en 2015 à Béthune lorsque celui-ci est convié par la critique d’art Léa Bismuth à participer à une exposition centrée sur la notion de dépense évoquée par Georges Bataille dans l’un de ses livres. Il y découvre – est-ce une vérité romanesque ou un mensonge romantique ? – l’existence d’un tunnel reliant la maison d’un trésorier-payeur, qui porte le même nom que le célèbre écrivain susnommé, à la succursale dans laquelle il travaille. C’est le point de départ d’un livre qui traite d’abord du rapport à l’argent et à la spéculation pour finir par offrir une profonde réflexion sur le lien à la gratuité, la banquier philosophe faisant à son tour l’apprentissage de la charité. Un roman qui, sous des apparences radicalement politiques, est aussi un roman d’amour, comme un écho à la soif d’absolu des hommes et des femmes qui comprennent que le don est bien supérieur à la dépense.
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Les Tourmentés, Lucas Belvaux (Alma éditeur)

Acteur et réalisateur de films majeurs dont la fameuse trilogie composée de Un couple épatant, Cavale et Après la vie, Lucas Belvaux passe à la littérature avec un roman addictif centré sur quelques personnages attachants et une intrigue aux allures de polar social. Skender, un homme marginal et solitaire qui a perdu le contact avec son ex-femme et ses deux enfants, va accepter la mission donnée par la patronne de son vieil ami Max, qu’il a connu jadis à la légion d’honneur et qu’il semble retrouver par hasard… La chasse à l’homme peut commencer, mettant en lumière les failles de chacun des protagonistes, et notamment celles de Skender, traumatisé par la violence subie et commise dans son passé, et qui cherche par tous les moyens à recouvrer son rôle de père et sa dignité d’homme. Mais la fin justifie-t-elle toujours les moyens ?
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Ainsi pleurent nos hommes, Dominique Celis (Philippe Rey)

Dans son premier roman, l’écrivaine née au Burundi d’une mère rwandaise tutsie et d’un père belge ausculte les traumatismes dus au génocide du début des années 90 à travers les lettres que son héroïne Erika envoie à sa sœur alors qu’elle est de retour dans le pays de son enfance. En explorant les stigmates toujours présents de cette tragédie rwandaise dans un pays en apparence pacifié où cohabitent tant bien que mal les victimes et les bourreaux, elle montre avec beaucoup de force la façon dont, là-bas encore plus qu’ailleurs, le passé ne passe pas. A travers son histoire d’amour contrariée avec Vincent, elle met en scène une relation à la fois intense et blessée qui sonne comme une allégorie de l’impossible oubli et de la nécessité – tout autant que la fatalité – du devoir de mémoire que ce livre bouleversant contribue à entretenir.
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Hommes, Emmanuelle Richard (L’Olivier)

C’est un livre sensuel, inquiétant, mystérieux, intense, que nous livre l’autrice des Corps abstinents (L’Olivier 2020). En revisitant une relation que la narratrice a eue avec un homme vingt ans plus tôt, aujourd’hui recherché par la police parce que prédateur envers les femmes, elle redessine les contours de leur rencontre dans une grande bâtisse isolée dans une campagne écossaise, la fulgurance de son attirance et la peur tapie comme une intuition. Se mêle à cette exploration du désir la façon dont la langue étrangère attise le mystère attaché à l’autre, puisque l’homme vient d’ailleurs, et que son pouvoir de séduction grandit dans l’étrangeté de son silence et des mots inconnus. Un roman charnel et habité, qui regarde en face la violence d’une attirance, où la femme rêve de “dévergonder et dévoyer” un homme dont elle pressent qu’il incarne le danger.
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L’inventeur, Miguel Bonnefoy (Rivages)

Sélectionné dans le Prix Summer 2021 de la FDLB pour son précédent roman, l’excellent Miguel Bonnefoy nous revient avec le récit romancé de la vie d’un homme au parcours exceptionnel, nommé Augustin Mouchot, qui fut au milieu du 19ème siècle l’inventeur d’une machine fonctionnant à l’énergie solaire. De son enfance fragile à la solitude désargentée de la fin de sa vie, en passant par le reconnaissance de son génie par Napoléon III et sa présence à l’exposition universelle de 1878, Miguel Bonnefoy écrit le destin fou d’un homme visionnaire – mais oublié – dont l’invention résonne de façon puissante avec les problématiques écologiques actuelles. Une figure de l’ombre attirée par la lumière qui s’inscrit par ailleurs dans la comédie humaine entreprise par l’écrivain depuis ses débuts, puisqu’Augustin croise la route de personnages déjà vus sous la plume de l’auteur, notamment Octavio et Lonsonier, le vigneron d’Héritage. ..Vivement la suite !
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Vers la violence, Blandine Rinkel (Fayard)

A travers l’histoire d’une enfance à bout de souffle, dans une famille où plane un mystère toujours plus inquiétant autour du père, Blandine Rinkel donne la parole à une narratrice qui se souvient. De son immense amour pour le père prénommé Gérard, boomer “malicieux et autoritaire”, sujet à des “crises”, du penchant de se dernier pour l’une de ses théories préférées, « la sensation du couteau », de ses tours de passe-passe qui pouvaient mal finir, du silence souverain et inquiétant, et de cette pièce interdite dans la maison.Vers la violence est un livre puissant et fragile, aérien et plaqué au sol, qui dit l’inquiétude, le corps qui se façonne, la danse qui grandit en soi, comme un arbre qui tente de se déployer dans une forêt obscure.
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Le Pays des ombres, Tristan Jordis (Stock)

Dans un roman d’une ampleur envoûtante, Tristan Jordis tisse des routes, des destins, d’un continent à l’autre et nous invite aux confins de l’Afrique, sur les traces de Mansour, personnage poignant dont la devise alanguie serait “Don’t care”. Comme si revenu de tout, de la destruction, de la toxicomanie parmi les crackmans du quartier de La chapelle à Paris, de la prison dans laquelle il a purgé une peine de quatre ans, Mansour avait pu aiguiser son amitié avec le narrateur, débarrassé de tout faux-semblant. D’une écriture enivrante, luxuriante, parfois allégorique, le narrateur erre avec volupté en compagnie de Mansour et de son mystère, rentré dans son village africain pour cultiver la terre et revenir vers une possible lumière. Et nous entretient de l’homme noir et de l’homme blanc. D’insouciance, de sort et de croyances.
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Tout garder, Carole Allamand (Anne Carrière)

L’autrice de La plume de l’ours (Stock 2013) revient avec un récit plus personnel, qui met en scène la façon dont elle découvre, après la mort de sa mère qui ne vivait pas sur le même continent qu’elle, l’appartement qu’il faut vider. Le temps des funérailles est aussi celui du choc face à une réalité inattendue dans sa violence et son mystère. Face aux piles d’objets et aux déchets qui obstruent les lieux, Carole Allamand doit se rendre à l’évidence qui porte un nom : le syndrome de Diogène. Tout garder tente de comprendre comment sa mère a glissé vers cette accumulation de choses dans le plus grand secret. Elle mène une double enquête : celle qui approche cette pathologie propre aux sociétés de l’abondance, et celle qui revient à la relation avec la mère, depuis l’enfance jusqu’à découvrir un secret bouleversant.
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Le cœur ne cède pas, Gregoire Bouillier (Flammarion)

Quatre ans après la publication du double volume consacré au Dossier M, Grégoire Bouillier se lance dans une nouvelle enquête littéraire autour d’un fait divers ayant eu lieu en 1985 – la mort par inanition de Marcelle Pichon, une ex mannequin qui s’est laissée mourir de faim pendant 45 jours tout en tenant le journal de son agonie. Une enquête menée par le détective Baltimore et sa fidèle adjointe Penny, tous deux engagés par un certain Grégoire Bouillier pour tenter d’élucider le mystère de sa vie, et de sa mort… En plongeant dans les archives, mais aussi grâce à des moyens plus iconoclastes – l’astrologie et la voyance notamment – l’auteur parvient à reconstituer son destin, de son enfance parisienne dans les années 20 à sa disparition tragique, tout en revisitant les grands moments du siècle : l’occupation, la colonisation ou les luttes féministes. Comme toujours chez Grégoire Bouillier, le mystère originel ouvre la porte à de nombreuses digressions, jusqu’à s’interroger sur les raisons personnelles qui l’ont fasciné dans cette histoire au point d’y consacrer près de mille pages. Bourré de références littéraires  – d’Antonin Artaud à Virginia Woolf en passant par Le club des cinq d’Enid Blyton (!), à la fois drôle et tragique, Le cœur ne cède pas est un livre à proprement parler extraordinaire, un monde en soi, une aventure sensible et intellectuelle à nulle autre pareil.
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Zéro Gloire, Pierre Guénard,  (Flammarion)

Dans Zéro gloire, Pierre Guénard fait mouche. C’est peu dire qu’il tape dans le mille, tant chaque phrase, chaque chapitre de ce premier roman drôle et mélancolique, fixe une image qu’on n’oubliera pas. Le jeune homme que met en scène l’auteur revisite son enfance et ses premiers pas dans la vie d’adulte à l’aune de ses premiers jobs, de ses espoirs et désillusions. Equipier de nuit chez Mc Do, et pro de la Pompe funèbre le jour, il est aux avant-postes pour observer la vie qui s’emballe et la mort qui fauche. C’est dans cette atmosphère de morne province qu’il apprend à observer, à rêver, mais aussi à flirter avec le danger et à glisser parfois du côté du caniveau.
Son écriture incarne la beauté, la puissance de l’idéal, le désir, la poésie de la loose, doublée d’une inventivité et d’une vitalité aiguisées au couteau. On lui envie son lyrisme frotté au réel le plus rêche. Et l’on comprend pourquoi son talent singulier lui a permis de devenir le leader du classieux groupe rock Radio Elvis, avant de songer à l’écriture d’un album solo.
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Variations de Paul, Pierre Ducrozet (Actes Sud)

Sélectionné lors de la première édition du Prix Summer en 2018 pour L’Invention des corps, et auteur entre-temps d’un roman intitulé Le Grand Vertige, Pierre Ducrozet revient avec un voyage au fil du vingtième siècle vu à travers le destin d’une famille passionnée par la musique. Du père, Antoine, pianiste nourri par Debussy et Thelonious Monk, à la petite fille Chiara, plongée dans l’euphorie électronique des années 80 à Berlin, en passant par le fils Paul, qui assiste à la naissance du rock, du punk et du hip-hop au gré des concerts auxquels il assiste, c’est une sorte d’autobiographie musicale rêvée à laquelle nous convie l’auteur, pour un livre qui aurait pu s’intituler Variations de Pierre… On y retrouve les grands motifs de son œuvre – le voyage, les villes, la création, le corps, les liens entre les époques et les générations – mais teintés d’une dimension nouvelle, notamment dans la réflexion sensible sur l’héritage familial, la filiation, la transmission et la liberté individuelle.
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Disparaître, Lionel Duroy (Mialet-Barrault)

Dans Colère, publié en 2011, Lionel Duroy évoquait déjà sa volonté de s’enfuir – et de disparaître – un jour sur son fidèle vélo, de rouler vers l’Est en attendant de tomber dans un ravin et de mourir seul, paisible, loin du regard des autres. A 70 ans, il décide qu’il est temps, enfourche son fameux Alex Singer (la bicyclette de son premier voyage effectué à 20 ans) avec dans ses malles les livres de Malaparte et de Petru Dumitriu, direction Stalingrad, la ville qui le hante depuis la lecture de Vie et Destin, de Vassili Grossman. Avant son départ, il décide de convoquer ses enfants pour leur dire au revoir – et régler les différents conflits l’opposant à eux à cause des livres écrits sur leur histoire familiale qui ont fait d’eux, contre leur gré, des personnages de roman. On le suit alors dans ces pays qui le fascinent – l’Italie, la Croatie, la Roumanie -, dans ces villes fantômes marquées par l’histoire – Vukovar et Sulina, notamment – et dans ses souvenirs des lieux traversés, des femmes aimées, des ruptures provoquées. Le livre qu’on a entre les mains nous prouve que le dessein originel n’est pas accompli, que Lionel Duroy est revenu mais, connaissant la radicalité du personnage, on se doute qu’un nouveau voyage – donc un nouveau roman ? – est à prévoir. En espérant bien sûr que ce ne soit pas le dernier..
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Que reviennent ceux qui sont loin, Pierre Adrian (Gallimard)

Déjà auteur de plusieurs livres remarquables depuis la parution en 2015 de La Piste Pasolini, Pierre Adrian confirme avec ce nouveau bijou qu’il est un styliste hors pair, un écrivain précieux et raffiné qui sait capter les moments les plus évanescents de notre rapport au monde. Avec ce roman à l’intrigue très ténue – un jeune trentenaire revient dans sa maison de famille le temps d’un mois d’août en Bretagne, retrouvant ceux qu’il n’a pas vus depuis longtemps, ceux qui ont vieilli, ceux qui ont grandi, et les fantômes de ceux qui ne sont plus là – il livre une méditation bouleversante sur la nostalgie du passé, la permanence des choses et l’éphémère des vies humaines. La relation que le héros noue avec un neveu dans lequel il reconnaît sa propre enfance permet en outre à l’auteur d’explorer avec beaucoup de sensibilité la question de la transmission, les illusions de l’émancipation, et les vertiges du passage à l’âge adulte, tout en célébrant les brefs instants de bonheur qui ponctuent les étés langoureux – entre chaleur du mois d’août et arrivée de l’automne – des symboles de nos vies, en réalité.
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Corps flottants, Jane Sautière (Gallimard, coll.Verticales)

Les corps flottants évoqués dans le titre du magnifique nouveau roman de Jane Sautière font référence aux petits débris qui se déplacent sur le vitré de l’œil et projettent des ombres sur la rétine. D’ombres il est question dans ce récit bouleversant où l’auteure, grâce à l’écriture littéraire, invente – au sens archéologique du terme – une période de sa vie qu’elle avait d’une certaine manière rayée de sa mémoire, celle de sa jeunesse passée au Cambodge entre 1967 et 1970. De l’histoire personnelle, marquée par la relation à la mère ou la rencontre du premier grand amour, à l’histoire avec « une grande hache » – notamment le regard porté sur une époque qui précède l’arrivée au pouvoir des khmers rouges, l’autrice parvient dans cette œuvre sensible et labyrinthique à reconstituer une part de son existence, et, partant, de la nôtre.
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Littérature JEUNESSE

Au début, Ramona Bădescu et Julia Spiers (Les Grandes Personnes)

Au début est un album qui surprend avec ses deux couvertures en miroir et ses deux pages de titres. Il faut avancer dans le livre pour comprendre, par petites touches, comment se déploie l’histoire de cette famille. Une bande d’enfants, les fruits d’un néflier, un merle, des amoureux… Autour du jardin familial, les générations se côtoient, se succèdent ou se précédent, selon le sens de lecture choisi. Ce récit illustré à l’aquarelle avec une large palette de couleurs aux tons passés, évoque les vieux albums photos. On n’en attendait pas moins d’une collaboration entre Ramona Bădescu et Julia Spiers, qui offrent un livre fascinant sur le temps qui passe et invitent à le lire et le relire pour mieux saisir les détails d’une vie. Dès 3 ans
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Merci pour la tendresse, Myren Duval et Emma Constant (Le Rouergue)

Sous ses faux airs de chroniques humoristiques, ce roman graphique nous plonge dans le quotidien d’une petite fille livrée à elle-même, en dehors des visites régulières de sa tante. Entre les rêveries solitaires pour s’extraire de la compagnie fantomatique de sa mère, les balades au parc et les déjeuners au restaurant avec cette tante qui lui apporte l’affection qui lui manque, se tisse le récit tout en douceur d’une enfance étouffée. Les dialogues pleins d’humour, les personnages représentés comme des animaux étrangement familiers, quelque part entre l’insecte, le mammifère et l’être humain, font de ce livre un objet rare, touchant et drôle, qui réussit à aborder le sujet délicat de l’alcoolisme à hauteur d’enfants. Dès 10 ans
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Jefferson fait de son mieux, Jean-Claude Mourlevat (Gallimard)

Quand Simone, « jeune lapine un peu dépressive » annonce dans une lettre d’adieu qu’elle va disparaître dans d’étranges conditions, il ne faut qu’une minute à Jefferson, l’étudiant hérisson devenu enquêteur malgré lui, et son ami Gilbert, le cochon désormais chauffagiste, pour se lancer dans cette nouvelle enquête à rebondissements. Quatre ans après les aventures de l’expédition Ballardeau, les lecteurs du premier tome retrouveront avec bonheur la galerie de personnages hauts en couleur que les nouveaux n’auront aucun mal à suivre. Un livre réjouissant de la rentrée, un nouveau roman animalier de Jean-Claude Mourlevat qui s’attaque avec drôlerie et intelligence au sujet de l’emprise par les sectes et dénonce encore la bêtise humaine.
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Une année pour toujours, Lucile de Pesloüan (Talents Hauts)

Auteure déjà remarquée au Québec pour ses manifestes féministes, Lucile de Pesloüan est la nouvelle voix de la collection Ego (éd. Talents hauts) qui défend des romans engagés. Ce texte prend la forme du journal d’une adolescente en questionnement, sorte de capsule temporelle composée de poèmes en vers libres, de récits de rêves et to-do-lists… Une plongée dans la dernière année de collège, à l’intérieur même des pensées d’une jeune fille d’aujourd’hui qui s’éveille au féminisme, à l’amour, aux luttes sociales, inspirée par des figures aussi diverses que Beyoncé, Sylvia Plath et Cécile Coulon. Portrait intime et instantané, Une année pour toujours est aussi un appel à la liberté et à un monde meilleur pour les générations futures. À partir de 13 ans
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