Le portrait augmenté, avec Gaya Wisniewski

Avant que les pages des albums ne soient imprimées, que les couleurs ne soient choisies et que les mots ne forment des phrases, des pensées émergent, des émotions vibrent, des outils s’agitent, des croquis sont griffonnés et des carnets s’empilent ! “Le portrait augmenté”, ce sont des portraits intimes d’auteurs et d’autrices jeunesse. Dans “L’été de Chnourka” (éd. MeMo, 2021), on retrouve cette petite fille aux cheveux bruns. Elle vit dans la forêt entourée d’un bison, d’un renard, d’un chat, d’un oiseau… Ensemble, ils jardinent, se promènent, se baignent, se régalent et rencontrent un nouvel ami… Maintenant, imaginez la voix douce et rieuse de Gaya Wisniewski évoquer son travail, ses personnages et ce qui l’inspire.

par Raphaële Botte.

Parcours 
« J’ai grandi en ville, à Bruxelles, au milieu des crayons, des papiers et des images car mes parents sont artistes. Plus tard, j’ai suivi des études d’art à l’école Saint-Luc à Bruxelles, où j’étais en section illustration. Mais une fois diplômée, je me sentais totalement incapable de faire un livre, de raconter une histoire. Je savais créer de belles images mais il m’était impossible d’écrire. Peut-être les souvenirs de mon faible niveau en rédaction et de mes fautes d’orthographe à l’école me bloquaient encore ! C’est pour cela que j’ai commencé par enseigner le dessin au collège et au lycée. »

En chemin jusqu’au livre
« L’arrivée de mes enfants, l’envie de leur raconter des histoires, un voyage à vélo en famille, et une installation en pleine campagne, il y a cinq ans, dans le Gers m’ont conduite aux Estivales de l’illustration à Sarrant. J’y ai suivi un stage avec Joanna Concejo* : cette artiste et notre rencontre m’ont complètement libérée. En me poussant à me concentrer sur mes images et à oublier le texte, elle a actionné une clé dans mon dos ! J’ai commencé par dessiner un bison en noir et blanc sans me poser trop de questions et j’ai fini par envoyer un projet à dix-neuf maisons d’éditions. Un peu plus tard, l’éditrice Christine Morault (ndlr : fondatrice des éditions MeMo avec Yves Mestrallet en 1993) m’a dit « vous n’êtes pas à la mode, et on aime ça ! » Depuis, c’est avec elle et son équipe que j’aime créer. » 

Un personnage
« Au fil de mes croquis de recherche, j’ai un jour représenté une petite fille dans les bois, avec une lanterne dans un clair-obscur. Son prénom vient du polonais : « Sznurek » signifie ficelle. Avec les déclinaisons au féminin et l’adaptation de l’orthographe pour que ce soit lisible, c’est devenu Chnourka. Mais amis me disent qu’elle me ressemble. C’est vrai : elle aime être chez elle, dans la nature, recevoir ses amis autour d’un goûter… Comme moi ! »

Un livre
« Parmi mes inspirations, se trouve entre autre le roman jeunesse Le Vent dans les saules publié en 1908 par l’Écossais Kenneth Grahame. Les aventures d’une taupe et d’un rat y sont racontées au fil des saisons. Moi aussi, en m’installant à la campagne, j’ai découvert ce rythme de la nature et les émotions qui en découlent. Les albums de Chnourka suivent les saisons. »

Un lieu pour l’histoire
« Chnourka vit dans une grande maison, au milieu de la forêt. Certainement quelque part dans le nord… J’ai été une grande lectrice des aventures des Moomins de la Finlandaise Tove Jansson et la vallée dans laquelle vit Chnourka en est un écho. C’est un endroit entouré de montagnes, un monde en soi, un véritable univers. Je ne donne pas d’autres indications, j’aime brouiller les pistes. On ne sait pas non plus à quelle époque se passe l’histoire. » 

Si on pousse la porte de l’atelier…
« Je partage une maison de village avec d’autres artistes : une céramiste, une scénographe- costumière, un luthier… Me retrouver au milieu de ce petit monde est très stimulant. Bien sûr, chacun travaille en silence mais nous échangeons aussi beaucoup. Parfois, je leur montre une ébauche, un dessin, un début d’histoire. »

©Extraits des carnets de croquis de Gaya Wizniewski

Si on regarde le bureau…
« Il n’est pas grand mais, à toute heure de la journée, on y voit une tasse de thé ! Sinon, j’aime que l’espace soit restreint autour de ma feuille de papier, encadré de nombreux objets. Pour Chrnourka, je travaille à l’aquarelle. Je rehausse les couleurs avec des crayons et des marqueurs Posca. J’ai découvert ces feutres à l’époque où j’enseignais : j’en avais confisqués à mes élèves ! C’est formidable. Cela me permet par exemple de retravailler la lumière. » 

Émotions
« J’aborde chaque livre différemment, avec beaucoup de liberté, mais souvent à partir d’images, de photos. Pour Chnourka, c’est différent. Je fais quelques croquis mais je me mets aux images une fois les mots bien stables. Il y a une chose commune à toutes mes livres : j’aime y mêler les émotions qui me traversent. »

* Cette illustratrice (M comme la mer (Format), Sénégal (éd. L’Atelier du poisson soluble)) a remporté le Grand prix de l’illustration 2021 à Moulins.

En images

“J’aime dessiner les intérieurs, les lieux de vie de mes personnages. Cela raconte quelque chose d’eux. Je suis une grande fan des maisons de poupée et de la même façon, j’ai aimé installer la maison de Chnourka et de montrer, par exemple, que dans l’entrée, se trouve une étagère avec des chapeaux et quelques sacs suspendus…” ©L’été de Chnourka, 2021, MeMo.

 

“Je suis une grande admiratrice de Beatrix Potter (ndlr : l’écrivaine et illustratrice britannique (1866-1943) est surtout connue pour les aventures de Pierre Lapin) et c’est peut-être son goût des détails que l’on retrouve dans mon travail. Les décors de mes histoires sont très « anglais ». Chez moi aussi, j’ai besoin de vivre entourée d’objets inutiles, de bibelots !  Et sur la table, bien sûr, le goûter doit faire envie comme je suis heureuse de glisser quelques fleurs dans l’herbe pour que le lecteur les découvre. ©L’été de Chnourka, 2021, MeMo.

 

“Quand je commence un livre, je pars le plus souvent d’un imaginaire constitué de nombreuses images. J’ai une grande passion pour les vieilles photos en noir et blanc… Je suis nostalgique, j’aime les choses anciennes ! J’ai d’ailleurs dessiné une photo de Chnourka et ses amis dans l’album.” ©L’été de Chnourka, 2021, MeMo.

 

Un entretien réalisé par Raphaële Botte.

L’auteure / Gaya Wisniewski
Issue d’une famille d’artiste, Gaya Wisniewski est « née dans les crayons et les papiers ». Elle a suivi des études d’illustration à l’institut Saint-Luc à Bruxelles, puis est devenue professeur de dessin. En parallèle, elle a animé de nombreux ateliers au Wolf, maison de la littérature jeunesse en Belgique, ce qui a conforté son envie de raconter des histoires. Depuis 2016, elle a quitté la Belgique pour le Gers, où elle se consacre à l’illustration.
Plus d’infos sur son site.

La bibliographie
L’été de Chnourka, éd. MeMo (2021)
Ours à New York, éd. MeMo (2020)
Papa, écoute-moi !, éd. MeMo (2020)
Chnourka, éd. MeMo (2019)
Mon bison, éd. MeMo (2018)
Avec Caroline Solé (textes) :
Thao et le hamo secret, éd. L’école des loisirs, coll. Mouche (2020)
Akita et les grizzlys, éd. L’école des loisirs, coll. Mouche (2019)

Retrouvez tous les livres de l’auteure sur Chez mon libraire.

 

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© Fête du livre de Bron 2021

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