La sélection du Prix des lecteurs de la Fête du Livre de Bron 2018

Comme un roman

Pour cette première édition du Prix des Lecteurs de la Fête du Livre de Bron, l'équipe du festival  vous propose une sélection de cinq livres dont le principal point commun est d'appartenir à ce genre hybride qu'on appelle roman. Quoi de comparable en effet entre la fable poétique du primo-romancier Jean-Baptiste Andréa, la fiction sociale (et contemporaine) de Delphine Coulin, le conte philosophique (et comique) du belge Thomas Gunzig, le grand roman du 21ème siècle imaginé par Pierre Ducrozet et la chronique familiale aux allures de thriller psychologique composée par Monica Sabolo ?  Par-delà leur indéniable singularité stylistique, ces cinq auteurs nous paraissent partager une certaine idée de l'écriture romanesque comme outil de compréhension de soi-même et du monde, et de la littérature comme moyen d'explorer le réel sous toutes les coutures : l'enfance, l'altérité, la violence de l'époque actuelle (et sa beauté cachée !), mais aussi la disparition des êtres chers, la découverte de l'amour, la réalité des migrants dans la France de 2017 ou le transhumanisme... Leurs livres ont en outre la faculté de nous mener dans des univers à la fois lointains et familiers, comme un nouvel usage du monde, de la Provence de Giono à la Silicon Valley de Mark Zuckerberg, de la ville de Calais à celle de Genève, des mers sauvages d'une île déserte imaginaire aux rives feutrées du lac Léman. Autant de voyages immobiles qui font du roman le lieu de toutes les expériences et de toutes les aventures intérieures, comme une preuve nouvelle de l'incroyable puissance de la fiction qu'exaltait le grand Umberto Eco dans l'une de ses célèbres formules : « Celui qui ne lit pas aura vécu une seule vie. Celui qui lit aura vécu 5000 ans. La lecture est une immortalité en sens inverse ».

 

Roman 3 : L'invention des corps de Pierre Ducrozet

L'invention des corps, Pierre Ducrozet
Actes Sud - 304 pages

Dès les premières pages, L’invention des corps s’élance dans le sillage d’Álvaro, jeune prof mexicain, surdoué de l’informatique, en cavale après les tragiques événements d’Iguala, la nuit du 26 septembre 2014 où quarante-trois étudiants disparurent, enlevés et assassinés par la police. Rescapé du massacre, Álvaro file vers la frontière américaine, il n’est plus qu’élan, instinct de survie. Aussi indomptable que blessé, il se jette entre les griffes d’un magnat du Net, apprenti sorcier de la Silicon Valley, mécène et apôtre du transhumanisme, qui vient de recruter une brillante biologiste française. En mettant sa vie en jeu, Álvaro s’approche vertigineusement de l’amour, tout près de trouver la force et le désir d’être lui-même.

Exploration tentaculaire des réseaux qui irriguent et reformulent le contemporain – du corps humain au World Wide Web –, L’invention des corps cristallise les enjeux de la modernité avec un sens crucial du suspense, de la vitesse et de la mise en espace. Il y a une proportion élevée de réalité dans cette histoire étourdissante, sans doute sa part la plus fantastique, la plus effrayante. Mais c’est dans sa foi butée, parfois espiègle, en l’être humain que ce roman d’alerte déguisé en page-turner puise son irrésistible force motrice.

"À quoi ça pourrait ressembler, un roman du XXIe siècle ? En quoi ça serait différent d’un roman du XIXe, par exemple ? Parfois, dans les bars, le soir, on se pose des questions de ce genre. J’ai imaginé alors un roman sans centre, fait de plis et de passages, de liens, d’hypertextes, qui dédoublerait le mouvement du monde contemporain, en adoptant Internet comme sujet et comme forme. Je suis parti au Mexique et en Californie, et j’ai écrit ce livre.
L’invention des corps tresse des liens entre les hackers d’Anonymous et les transhumanistes de la Silicon Valley, la violence du monde et son envers aseptisé, les cellules souches et Hiroshima, Google et le lsd, la peau et l’infini. 
Je voulais des ordinateurs mais aussi des routes, de la terre, la poésie des tubes et des nerfs.
Je voulais écrire une histoire des corps contemporains, observer comment l’époque les sculpte et les déforme, je voulais les regarder de près pour savoir ce qu’ils nous disent. Tous les personnages vont éprouver leur corps, le pousser plus avant, le redéfinir, et en premier lieu Álvaro, qui vient d’une société où la mort rôde et débarque dans une autre qui veut l’éradiquer, sans que l’on puisse dire laquelle est la plus humaine. Face aux transhumanistes, savants fous qui souhaitent l’avènement d’un homme nouveau, va se dresser une bande de pirates du XXIe siècle. Née de l’utopie d’Internet, cette génération d’électrons libres, transnationale et autoformée, va petit à petit prendre les commandes du livre, et du monde.
" (Pierre Ducrozet)

Originaire de Lyon, Pierre Ducrozet a tenu une chronique littéraire pendant cinq ans dans le Magazine des Livres, été professeur au Lycée français de Barcelone, et libraire à Paris. Il publie son premier roman, Requiem pour Lola rouge, en 2010 et remporte le prix de la Vocation 2011. Suivent La vie qu'on voulait en 2013 et Eroica en 2015. L'invention des corps est son 4ème roman.

Dans les médias
- 20 Minutes – 23/08/17
- Le Monde des Livres – 24/08/17
- Youtube – 07/09/17 – Pierre Ducrozet présente L’invention des corps 
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Bientôt en ligne
Roman 4 : La vie sauvage, Thomas Gunzig  (Au Diable Vauvert)
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Roman 5 : Summer, Monica Sabolo (J.C Lattès)
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Déjà présentés
Ma Reine, Jean-Baptiste Andréa (L'Iconoclaste)
Une fille dans la jungle, Delphine Coulin (Grasset)

 

Ma Reine, Jean-Baptiste Andréa
Edition L'Iconoclaste - 240 pages

Un conte initiatique où tout est vrai, tout est rêve, tout est roman.
Shell n’est pas un enfant comme les autres. Il vit seul avec ses parents dans une station-service. Après avoir manqué de mettre le feu à la garrigue, ses parents décident de le placer dans un institut. Mais Shell préfère partir faire la guerre, pour leur prouver qu’il n’est plus un enfant. Il monte le chemin en Z derrière la station. Arrivé sur le plateau derrière chez lui, la guerre n’est pas là. Seuls se déploient le silence et les odeurs de maquis. Et une fille, comme un souffle, qui apparaît devant lui. Avec elle, tout s’invente et l’impossible devient vrai.

Jean-Baptiste Andrea livre ici son premier roman. Ode à la liberté, à l’imaginaire, et à la différence, Ma reine est un texte à hauteur d’enfants. L’auteur y campe des personnages cabossés, ou plutôt des êtres en parfaite harmonie avec un monde où les valeurs sont inversées et signe un récit pictural aux images justes et fulgurantes qui nous immerge en Provence, un été 1965.
« J’ai voulu la pluie. Je l’ai tant voulue que quand elle est venue, je ne savais plus comment l’arrêter. C’était une grosse pluie rose, vert, bleu, elle prenait la couleur d’un rien. Elle assommait les oiseaux. Il a plu comme ça pendant je ne sais pas combien de temps. Les vieux disaient qu’ils n’avaient jamais vu ça. Ils parlaient de leurs ancêtres et de Dieuet du ciel et de tout sauf de la raison de la pluie : moi. »

Jean-Baptiste Andrea est né en 1971. Il est réalisateur et scénariste. Ma reine est son premier roman.

Dans les médias
- Livre Hebdo – 16/06/17
- Youtube – 16/07/17 - Jean-Baptiste Andrea présente Ma reine 
- Culturebox - 10/09/17
- Télérama - 19/09/17
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Une fille dans la jungle, Delphine Coulin
Edition Grasset - 240 pages

Cette jungle n'est ni verte ni luxuriante. c'est une jungle du pauve, en bordure de Manche, une forêt de tentes et de baraques où de six à dix mille personnes vivent dans la boue. pourtant, quand les autorités proposent à Hawa et sa bande, cinq graçons et filles, tous mineurs, de quitter cet endroit, ils décident de résister, et de rester coûte que coûte. Désormais isolés dans ce lieu, à Calais, devenu désert, ils tentent de survivre et de passer dans une Angleterre transformée en mirage ultime.

«  Cela ressemblait moins que jamais à une jungle, ou alors une jungle froide, de bois et de boue, avec des animaux crottés, et des monstres de métal au loin, sous le crachin. Pas le genre qui fait rêver, avec les perroquets et les feuilles vertes et grasses, où on transpire dans une odeur d’humus. Une jungle du pauvre. Ici, il n’y avait pas un arbre, pas une feuille, pas de chaleur. Et aujourd’hui, c’était silencieux. Cette jungle qui avait été un chaos où des milliers de personnes vivaient, mangeaient, parlaient, se battaient, était devenue un désert, où ils étaient seuls, tous les six. Six enfants et adolescents dans une ambiance de fin du monde.  » 

Delphine Coulin est écrivain et cinéaste. Ses cinq livres : Les Traces (2004), Une seconde de plus (2006), Les Mille-Vies (2008), Samba pour la France (2011), et Voir du pays (2013), ont tous eu un succès critique et public, et sont traduits dans une dizaine de langues. Elle a aussi coréalisé avec sa sœur, Muriel Coulin, six courts-métrages et deux longs-métrages : 17 Filles, sélectionné au Festival de Cannes 2011 à la Semaine de la Critique, sorti en salles dans une vingtaine de pays, et Voir du pays, sélectionné au Festival de Cannes 2016 dans la catégorie Un Certain Regard, où elle a obtenu le prix du meilleur scénario.

Dans les médias
Diversions Magazine – 17/07/18 
- Youtube – 22/08/17- Delphine Coulin prsente Une fille dans la jungle
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