Le Prix Summer

L’association Lire à Bron et la Fête du Livre de Bron proposent, depuis 2017, aux lecteurs des médiathèques et bibliothèques de la métropole de Lyon de participer au Prix Summer.
Découvrez dès à présent la sélection du Prix Summer 2023, dans laquelle se trouve le prochain lauréat qui succèdera à Marie Vingtras, primée pour Blizzard en 2022.

Un projet soutenu par la Ville de Bron et la Métropole de Lyon.

Les livres de la sélection Summer 2023

La Fête du Livre de Bron propose, chaque année, aux lecteurs des médiathèques et bibliothèques de la métropole de Lyon de participer au Prix Summer. Sélectionnés parmi les ouvrages parus lors de la rentrée littéraire de chaque automne, ce sont 5 romans à lire et 5 auteurs à découvrir ! Pour participer, il suffit de vous inscrire dès septembre au comité de lecture de votre bibliothèque ou médiathèque, de vous laisser porter par vos lectures et de choisir votre livre préféré.

Renseignements et inscription à l’accueil de votre bibliothèque.

Observatoire des littératures contemporaines depuis plus de 30 ans, la Fête du Livre de Bron a créé en 2018 le Prix Summer pour mettre en lumière des auteurs auprès d’un plus large public. D’autre part, le souhait de l’association est de mettre en synergie les médiathèques du territoire et de poursuivre son travail en lien avec les axes de développement des collectivités territoriales.

Enfin, la Fête du Livre de Bron entend favoriser, par le biais du Prix Summer les échanges entre les lecteurs, mais aussi entre les utilisateurs des espaces de lecture publique et les professionnels du Livre (bibliothécaires, libraires…).

La sélection du Prix Summer, non thématisée, se veut être le reflet de la richesse de la rentrée littéraire. Chaque année, elle fait suite aux lectures de l’équipe de la Fête du Livre de Bron entre mai à août  parmi les 500 ouvrages à paraître pour la rentrée littéraire de septembre. Elle est le fruit d’un travail appuyé et engagé des membres de l’équipe pour défricher en amont les tendances de la rentrée littéraire, distinguer, au fil des lectures, les romans et les auteurs qui vont marquer le monde littéraire. Cette sélection révéle aussi la capacité de la Fête du Livre de Bron à être en avance sur son temps et à s’inscrire pleinement dans le paysage littéraire puisque certains des auteurs sélectionnés pour le Prix Summer ont remporté des grands prix littéraires d’automne.

Ces ouvrages représentent aussi à eux cinq les intentions de programmation du festival et l’identité de l’événement. Elle est le souhait de révéler à tous des auteurs à l’œuvre déjà établie mais pourtant peu connue ainsi que la surprise d’un 1er roman. De plus, cette sélection repose sur les connaissances de l’équipe de la Fête du Livre portant sur des auteurs susceptibles de s’impliquer pleinement dans les enjeux du Prix et notamment d’aller à la rencontre des lecteurs.

Les livres de la sélection Summer 2023

Kaouther Adimi, Au vent mauvais (Seuil)
Carole Fives, Quelque chose à te dire (Gallimard)
Maria Larrea, Les gens de Bilbao naissent où ils veulent – Premier roman (Grasset)
Jean-Baptiste Maudet, Tropicale tristesse (Le Passage)
Anthony Passeron, Les enfants endormis – Premier roman (Globe)

La sélection 2023 du Prix Summer vous propose une fois de plus de découvrir des romans qui marquent la rentrée littéraire par la force de leurs thématiques, la singularité du regard qu’ils portent sur le monde et la qualité de leur écriture, tout en embrassant la variété de genres que permet l’approche romanesque. De la fresque historique de Kaouther Adimi, qui explore l’histoire algérienne à travers le destin de trois personnages pris dans son tourbillon, à l’enquête familiale et sociétale d’Anthony Passeron autour d’un oncle disparu trop tôt au moment de l’épidémie du sida, en passant par le jeu de piste littéraire et psychologique de Carole Fives sur la figure d’une écrivaine en panne d’inspiration, mais aussi le récit de voyage – à la fois géographique et intérieur – de l’héroïne de Jean-Baptiste Maudet ou le roman autobiographique (et mythologique) de Maria Larrea au sujet de ses parents espagnols exilés en France, ce sont de de multiples facettes de la production littéraire que vous découvrirez, avec au cœur de ces livres une réflexion commune sur les liens entre le réel et la fiction, la vérité et l’invention, l’écriture et la vie. Tout ce qui rend la littérature unique en son genre et si précieuse à nos yeux. (Yann Nicol)


Kaouther Adimi ©Patrice Normand – Carole Fives ©Francesca Mantovani – Maria Larrea ©JF PAGA – Jean-Baptiste Maudet ©de Fommervault – Anthony Passeron ©Jessica Jager

Portraits d’auteurs par Yann Nicol.

Kaouther Adimi, Au vent mauvais (Seuil)

Kaouther Adimi ©Patrice Normand

Née en Algérie en 1986, Kaouther Adimi est l’autrice de cinq romans parus chez Barzakh puis aux éditions du Seuil depuis L’envers des autres, en 2011, et notamment de deux livres remarquables qui abordent l’histoire algérienne à travers des lieux et des personnages réels qu’elle revisite par le biais de l’écriture romanesque.  Nos richesses, publié en 2017, évoquait la figure d’Edmond Charlot, libraire et éditeur, fondateur de la librairie « Les vraies richesses » à Alger, en 1936. Passionné de littérature, il fut notamment l’éditeur d’auteurs majeurs comme Albert Camus, Max-Pol Fouchet ou Vercors… Les petits de Décembre, publié en 2019, nous plongeait dans une époque beaucoup plus récente, puisque l’intrigue, centrée autour de la cité du Onze-Décembre en banlieue d’Alger, se déroulait en 2016, mettant en scène la lutte d’une bande de gamins tentant de résister à un projet immobilier imposé par les généraux. Deux exemples parfaits de la façon dont le roman peut dessiner, par le prisme de vies singulières, le tableau plus vaste d’un pays, en l’occurrence l’Algérie, des années 30 à aujourd’hui.

Le nouveau roman de Kaouther Adimi s’inscrit dans la même logique, puisque cette fresque familiale et historique explore de nouveau les épisodes cruciaux de l’Algérie au fil du XXème siècle, et notamment la vie dans les années 20, la guerre de libération des années 60, la décennie noire qui ensanglanta le pays dans les années 90. Ce sont cette fois trois personnages – Tarek, Leïla et Saïd – qui voient leurs destins individuels percutés par la folie du siècle, montrant une fois encore comment la grande histoire détermine les trajectoires de nos vies minuscules. Inscrit dans la réalité de sa propre famille – le roman est dédié à ses grands -parents – Au vent mauvais ouvre également une réflexion sur les pouvoirs de la littérature en explorant les effets délétères de la publication d’un roman, celui de SaÏd, lorsque des personnages réels sont mis en scène sans le filtre de la fiction. Une façon incroyablement puissante d’interroger le rôle des écrivains, et le sien en particulier, puisque c’est finalement son propre travail que Kaouther Adimi remet en question avec ce livre qui comporte par ailleurs de nombreux moments de grâce, et notamment la période italienne de Tarek, en lien avec le tournage du film de Pontecorvo, La Bataille d’Alger.

La constellation
Le roman de Kaouther Adimi pourrait s’inscrire dans une constellation incluant des auteurs aussi divers que Frantz Fanon, Serge Doubrovsky et Assia Djebar. Immense écrivaine algérienne, cette dernière est notamment l’autrice d’un roman aux parfums de scandale, La Soif, publié à la fin des années 50, dans lequel elle mettait en scène le destin d’une jeune femme prénommée Nadia, habitée par la soif de vivre sa vie librement dans un contexte historique pourtant très chargé. S’il est beaucoup question du film de Pontecorvo, La Bataille d’Alger, Kaouther Adimi évoque aussi un livre majeur de cette période, Les damnés de la terre, publié par Frantz Fanon (qui fut psychiatre à Blida) en 1961, préfacé par Jean-Paul Sartre et qui reste à ce jour comme la référence pour comprendre la violence de la colonisation et l’utopie d’une révolution des peuples opprimés. Nous pouvons enfin faire référence à l’écrivain et critique littéraire Serge Doubrovsky, le premier à avoir utilisé le terme d’autofiction pour caractériser son roman, Fils, en envisageant le principe d’une autobiographie romancée. Une réflexion qui résonne très fort avec les problématiques abordées par l’autrice au sujet du roman de Saïd qui produit tant de ravages auprès de Leila et Tarek, personnes devenues personnages, et de la confusion qui peut naître entre la vérité et le mensonge, le réel et l’invention, auprès de ceux dont l’existence est transposée dans un livre.

– Assia Djebar, La Soif, Éd. Julliard, 1957 – rééd. Barzakh, 2017.
– Frantz Fanon, Les damnés de la terre, Éd. Maspero , 1961 – rééd. La Découverte Poche, 2004.
– Serge Doubrovsky, Fils, Éd. Galilée, 1977 – rééd. Gallimard, coll. « Folio », 2011.


Carole Fives, Quelque chose à te dire (Gallimard)

©Francesca_Mantovani

Auteure de recueils de nouvelles, de livres pour la jeunesse et de romans publiés pour la plupart aux éditions Gallimard, Carole Fives est une écrivaine qui aborde dans de nombreux textes le rapport à l’art et à la création littéraire en se jouant des frontières ténues entre la matière autobiographique et l’invention romanesque. Dans Térébenthine, son précédent livre, elle mettait en scène trois étudiants inscrits aux Beaux-Arts qui s’interrogeaient sur la place de la peinture dans l’art contemporain, et notamment une jeune femme pour qui toute ressemblance avec l’autrice n’était pas forcément fortuite, puisqu’il était question du passage de celle-ci à l’écriture après des études artistiques. Quand on sait que Carole Fives est diplômée des Beaux-Arts, on imagine que cela n’était pas une simple coïncidence… Mais l’autre force de Carole Fives est d’incarner dans des personnages très attachants des problématiques intimes en lien avec les grands enjeux de nos sociétés actuelles. Ainsi, Tenir jusqu’à l’aube mettait en scène une jeune mère seule qui, le soir venu, fuyait dans les rues de sa ville en laissant son enfant sans surveillance. Une manière radicale d’interroger la réalité des familles monoparentales dans la solitude des grandes villes, tout en offrant une belle réflexion sur la parentalité et la charge mentale des femmes d’aujourd’hui face à toutes les injonctions du présent – notamment celle d’être une « bonne mère ». Des livres sans concession, qui appuient là où ça fait mal.

La narratrice de ce nouveau livre est une écrivaine au succès modeste et à l’inspiration en berne, fervente admiratrice d’une autrice récemment disparue du nom de Béatrice Blandy. Un jour, elle rencontre son veuf, Thomas Blandy, avec qui elle va entamer une relation singulière lui permettant de côtoyer de très près l’univers de son idole disparue : son appartement, sa bibliothèque, sa chambre, et bien sûr son bureau… Impossible d’en dire plus sans dévoiler tout ce qui fait le sel de ce roman à double (triple ?) fond, qui interroge avec beaucoup de force le rapport à l’admiration – voire à l’imitation – mais aussi l’énigmatique enjeu de la création littéraire, de l’inspiration, des références qui guident un auteur vers l’écriture. Un livre bourré de clins d’œil cinématographiques qui dit aussi les vertiges de la honte sociale et du sentiment d’imposture, tout en explorant les coulisses de la vie littéraire et la mystérieuse alchimie qui permet de transformer la réalité en fiction – et vice versa. Un livre à clefs et à rebondissements, entre thriller psychologique et méditation sur la littérature qui, pour reprendre un titre de Carole Fives, vous fera forcément tenir jusqu’à l’aube.

La constellation
Le nouveau roman de Carole Fives pourrait se situer quelque part entre Rebecca, de Daphné du Maurier, Vertigo d’Alfred Hitchcock et D’après une histoire vraie, de Delphine de Vigan. L’auteure ne fait pas mystère des deux premières références, puisque le film du maître anglais du suspense est fréquemment évoqué, et qu’il est la clé de voûte d’un retournement final particulièrement inattendu. Quant à Rebecca, il en est aussi question dans Quelque chose à te dire, qui pourrait en constituer une sorte d’adaptation moderne, tant certaines situations semblent avoir été écrites en écho au roman de Daphné du Maurier, notamment la référence au mausolée Manderley et à la glaciale gouvernante, madame Danvers, qui semble trouver son double en la personne de Paola. Dernier rapprochement possible, celui que l’on peut faire entre le roman de Carole Fives et celui de Delphine de Vigan, D’après une histoire vraie, non seulement dans l’expérience de fictionnalisation du réel, mais aussi par le registre littéraire dans lequel il s’inscrit, puisque cette histoire entre une narratrice / écrivaine et celle qui phagocyte son art (la mystérieuse L.) alliait également une dimension de thriller à une réflexion intense sur le motif du double dans l’art romanesque. Un roman qui était par ailleurs hanté par un autre livre – Misery, de Stephen King – offrant là aussi un jeu de piste fascinant sur la création littéraire et les affres de la manipulation. Quand on vous dit que la littérature est affaire de mise en abyme !

– Daphné du Maurier, Rebecca, Éd. Victor Gollancz, 1938 – rééd. Le livre de poche, 2016.
– Delphine de Vigan, D’après une histoire vraie, Éd. Jean-Claude Lattès, 2016 – rééd. Le livre de Poche, 2017.
– Stephen King, Misery, Éd. Albin Michel, 1989 – rééd. Le Livre de Poche, 2022.

Vertigo, film américain réalisé par Alfred Hitchcock, sorti en , avec James Stewart et Kim Novak.


Maria Larrea, Les gens de Bilbao naissent où ils veulent – Premier roman (Grasset)
Prix du Premier roman 2022

Maria Larrea ©JF Paga

On sait peu de choses sur Maria Larrea, mise à part la courte biographie que nous présente Grasset, sa maison d’édition. Celle-ci est née à Bilbao en 1979, elle est aujourd’hui scénariste et réalisatrice, auteure de nombreux courts-métrages après avoir suivi des études cinématographiques à la prestigieuse école de la Fémis. Pour le reste, on vous conseille vivement de lire son premier roman, Les gens de Bilbao naissent où ils veulent, qui vous donnera des clés sur son parcours, entre récit autobiographique et roman des origines.

Le roman commence par la naissance et l’abandon qui s’ensuit de deux enfants que leurs mères sont contraintes de placer dans des établissements d’accueil. L’un, Julian, fils d’une prostituée de Bilbao, grandira chez les Jésuites. L’autre, Victoria, née en Galice, passera son enfance dans un couvent. Devenus adultes, l’un et l’autre se rencontrent, s’aiment, se marient, élèvent une petite fille prénommée Maria, et immigrent à Paris, où ils trouvent une place de gardiens au théâtre de la Michodière. Entre ces deux êtres bléssés, la jeune Maria vivra une jeunesse chaotique, entre excès et sorties de route, avant de réaliser son rêve de cinéma en intégrant la grande école de la Fémis, où elle apprend son métier de réalisatrice. La rencontre avec une tarologue, alors qu’elle semble enfin stabilisée, va l’emmener vers une enquête liée à sa naissance, à ses origines, qui lui permettra d’éclairer son propre parcours, tout en mettant au jour l’histoire espagnole du 20ème siècle.

La constellation
Le livre de Maria Larrea pourrait se situer quelque part entre L’Art de voler, d’Antonio Altarriba, L’Art de perdre, d’Alice Zeniter, et Scandale dans la famille, de Sacha Distel. Du premier, et de son album magnifique sur l’histoire de son grand-père, on retrouve l’approche historique de l’Espagne au fil du 20ème siècle, notamment le règne de Franco à l’issue de la guerre civile de 1936 , la Seconde Guerre mondiale, le scandale des enfants volés dans les années 70… De la seconde, on s’approche dans la dimension familiale, le rapport à l’histoire, le lien à l’immigration, et le parcours d’une jeune femme d’aujourd’hui en quête de son identité, de ses racines et du destin de ses aînés. Du troisième, dont la fameuse chanson de variété est évoquée dans le livre de Maria Larrea, on retrouve l’idée du secret sur la naissance, et notamment dans ses paroles qui traversent le roman –  « Ton père n’est pas ton père mais ton père ne le sait pas » – et qui font écho aux visions de la tarologue qui va bouleverser l’existence de l’héroïne. A la différence que dans le cas de Les gens de Bilbao naissent où ils veulent, ce n’est pas le père qui ignore la vérité…

– Antonio Altarriba, L’Art de voler, Denoël 2011, rééd 2017
– Alice Zeniter, L’Art de perdre, Flammarion, 2017

Scandale dans la famille, chanson de Sacha Distel, 1966


Jean-Baptiste Maudet, Tropicale tristesse (Le Passage)

JB Maudet ©Fommervault

Jean-Baptiste Maudet est géographe de formation, enseignant à l’Université de Pau, et cela ne nous surprend pas beaucoup lorsqu’on se penche sur les trois romans qu’il a publiés aux éditions Le Passage, puisque chacun d’entre eux est inscrit dans un territoire particulier qui constitue le décor – et le moteur – de la narration. Dans Matador Yankee, il s’agissait de la frontière américano-mexicaine, que l’auteur nous faisait découvrir à travers le destin d’un personnage hors normes, le cow-boy manqué – et faux toréro ! – John Harper, lancé à la recherche d’une jeune femme dans les bas-fonds de Tijuana. Dans Humains sur fond blanc, c’est en Sibérie que Jean-Baptiste Maudet nous faisait atterrir en compagnie d’une scientifique Moscovite chargée d’enquêter sur un taux de radioactivité important repéré chez les rennes du grand Nord. Mais cette dimension géographique n’est pas suffisante pour caractériser l’œuvre romanesque de Jean-Baptiste Maudet, qui est aussi un formidable conteur, dont le style et le sens de l’intrigue nous emmènent toujours là où nous n’avions pas prévu d’aller. Et c’est encore le cas dans Tropicale tristesse avec le voyage de sa nouvelle héroïne, Jeanne Beaulieu, dans la forêt amazonienne.

C’est après avoir vu un documentaire sur l’Amazonie et croisé le regard d’un indien face caméra que Jeanne Beaulieu décide de tout quitter – son travail, sa famille encombrante, sa solitude et ses pizzas surgelées – pour tenter de retrouver cet homme qui la fascine. Tout au long d’un périple sur le fleuve Amazone, c’est avant tout elle-même qu’elle va redécouvrir, en interrogeant le sens du voyage en même temps que le sens de la vie. Car ce roman d’aventure aux allures de conte initiatique se fera pour Jeanne en miroir d’un livre qu’elle trouve chez un bouquiniste de Sao Paulo, le classique de l’anthropologie de Claude Levi-Strauss, Tristes tropiques. Un livre dans lequel elle va aussi découvrir les notes prises par un couple d’étudiants, qui des années plus tôt avaient fait le même voyage, comme une mise en abyme de sa propre quête… A travers ce jeu de poupées russes littéraires, Jean-Baptiste Maudet nous mène encore dans un roman à multiples facettes, qui est à la fois un beau portrait de femme, une réflexion sur les pouvoirs de la littérature et une méditation très actuelle sur le mythe amazonien, le lien à l’ailleurs, la soif d’altérité et la complexité de la prise de conscience écologique.

La constellation
Le nouveau roman de Jean-Baptiste Maudet pourrait se situer quelque part entre Tristes tropiques, de Claude Lévi-Strauss, Le vieux qui lisait des romans d’amour de Luis Sepulveda et Le Magnifique de Philippe de Broca. Le titre de ce roman, Tropicale tristesse, est bien sûr un clin d’œil en miroir au livre de Lévi-Strauss, qui en constitue également un élément charnière, puisque le voyage de Jeanne se fait en lien avec la lecture de Tristes tropiques. L’Amazonie est par ailleurs depuis toujours un sujet romanesque, presque un mythe, que l’écrivain chilien Luis Sepulveda avait notamment exploré dans Le vieux qui lisait des romans d’amour, un roman qui interrogeait aussi les pouvoirs de la fiction et de la littérature en opposition au monde réel, le voyage intérieur face au déplacement effectif, la cartographie intime et l’ancrage dans la géographie. La dernière référence, évoquée dans le roman de Jean-Baptiste Maudet, est cinématographique, puisqu’il y est souvent question du film de Philippe de Broca avec Jean-Paul Belmondo, Le Magnifique. Outre le rapport à l’ailleurs et au folklore de l’exotisme, il était là aussi question d’un double littéraire, l’espion Bob Saint-Clar, qui faisait écho à la vie étriquée de son créateur, un écrivain de polar qui vivait son destin par procuration grâce à l’invention romanesque. On parierait volontiers que J.B Maudet est aussi, parfois, un voyageur immobile…

– Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques, Plon, 1955 – rééd. Pocket, 2011.
– Luis Sepulveda, Le vieux qui lisait des romans d’amour, Éd. Métailié, 1992 – rééd. Points, 1995.

Le Magnifique, film français réalisé par Philippe de Broca, sorti en 1973 avec Jean-Paul Belmondo et Jacqueline Bisset.


Anthony Passeron, Les enfants endormis – Premier roman (Globe)
Prix Wepler – Fondation La Poste 2022

©Jessica Jager

Anthony Passeron enseigne les lettres et l’histoire-géographie dans un lycée professionnel. Il est né à Nice en 1983, une région qui est au cœur de son premier roman, paru aux éditions Globe, dans lequel il revient sur l’histoire familiale et la figure de son oncle Désiré, mort prématurément du sida et dont le destin tragique a longtemps été occulté. Une véritable révélation littéraire.

 

C’est lors d’une conversation avec son père que le narrateur / auteur ouvre la boîte de pandore sur l’histoire secrète de son oncle Désiré, disparu en 1987 dans un silence assourdissant. Il va petit à petit reconstituer l’histoire de cet homme, le fils « préféré » de bouchers de l’arrière pays niçois – ayant connu une ascension sociale fulgurante durant les trente glorieuses – qui verra sa jeunesse percutée par l’addiction à l’héroïne, la séropositivité et le déni familial lié au caractère « honteux » de cette maladie. Un jeune homme qui comme beaucoup d’autres, au début des années 80, comble son ennui et sa soif d’aventure dans la consommation compulsive d’une drogue dévastatrice. Un jeune homme qui se retrouve au cœur d’une tragédie familiale, mais qui est également le symbole d’un naufrage sociétal. Car si le fil rouge du livre est avant tout intime, celui-ci propose aussi une radiographie générale de la prise en charge défaillante de cette maladie : les bisbilles entre chercheurs français et américains, les hésitations sur la nature du mal, les espoirs de traitements et les désillusions qui s’ensuivent, la marginalisation des malades pour des raisons éthiques, l’incurie des politiques face à ce fléau… En oscillant entre l’individuel et le collectif, l’affectif et le scientifique, il donne à son oncle un tombeau bouleversant, tout en pointant les remous d’une époque dont les enjeux sociétaux sont encore à l’œuvre au début des années 2020. Un roman ultra sensible et particulièrement nécessaire.

La constellation
Le roman d’Anthony Passeron pourrait se situer entre A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, d’Hervé Guibert, Retour à Reims de Didier Eribon et Sang damné d’Alexandre Bergamini. L’ombre d’Hervé Guibert plane évidemment sur ce livre, et notamment celle du premier volume de sa trilogie autobiographique, A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, dans lequel il donnait un témoignage littéraire de grande intensité sur la maladie, la mort des proches, l’amitié et la trahison… L’autre référence pourrait être le Retour à Reims, de Didier Eribon, dans lequel le sociologue mettait en scène la rupture avec son milieu d’origine, la mise au ban familiale pour cause d’homosexualité, et le mécanisme de honte sociale mutuelle à l’œuvre dans ces familles déchirées. Évoquons enfin le livre important d’Alexandre Bergamini, Sang damné, qui résonne très puissamment avec Les enfants endormis, que ce soit à travers l’enquête familiale, la chronique d’une maladie ou la dimension sociale, politique et humaine de cette épidémie. Nous pourrions d’ailleurs rajouter le lien à La Peste, d’Albert Camus, qui ouvre le texte d’Anthony Passeron avec cette phrase citée en exergue : « C’est que les rats meurent dans la rue et les hommes dans leur chambre ».

– Hervé Guibert, A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, Gallimard, 1990 – rééd. Folio, 2019.
– Didier Eribon, Retour à Reims, Fayard 2009 – rééd. Flammarion, 2018.
– Alexandre Bergamini, Sang damné, Seuil 2011.
– Albert Camus, La Peste, Gallimard, 1947 – rééd. Folio, 1972.

Maria Larrea
– Mercredi 30 novembre à 19h à la Médiathèque Joséphine Baker / Décines
– Jeudi 1er décembre à 19h à l’Espace culturel de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or  (En partenariat avec la médiathèque d’Écully, la bibliothèque de Lissieu et la Bibliothèque de Saint-Didier)

Kaouther Adimi
– Mercredi 11 janvier à 19h à la Médiathèque Jacques Prévert / Mions  (En partenariat avec la bibliothèque de Corbas)
– Jeudi 12 janvier à 19h 30 à la Bibliothèque municipale de Fleurieu (En partenariat avec les bibliothèques du Val de Saône) 

Carole Fives
– Mardi 17 janvier à 19h à la Médiathèque L’échappée / Rillieux-la-Pape à 19h
– Mercredi 18 janvier à 19h à la Bibliothèque de Saint-Genis-les-Ollières     

Jean-Baptiste Maudet
– Vendredi 20 janvier à 19h au Centre Culturel de l’Aqueduc (salle Colette) à Dardilly  (En partenariat avec la médiathèque de Limonest et la médiathèque Le 20, Champagne-au-Mont-d’Or)
– Samedi 21 janvier à 16h à L’Atelier Léonard de Vinci, médiathèque de Vaulx-en-Velin

Anthony Passeron
– Jeudi 26 janvier à 19h à la Médiathèque Jean Prévost / Bron
– Vendredi 27 janvier à 19h à la Bibliothèque de Lacassagne / Lyon (En partenariat avec les BM de Lyon)

À son tour, Marie Vingtras rejoint Julia Kerninon (lauréate 2021), Anne Pauly (lauréate 2020), Tiffany Tavernier (lauréate 2019) et Monica Sabolo (lauréate 2018) au palmarès du Prix Summer.

Marie Vingtras – lauréate Summer 2022©Paul Bourdrel

Le Prix Summer 2022 a été décerné ce vendredi 11 mars, à Marie Vingtras pour son 1er roman Blizzard. Le prix lui a été remis par Cédric Van Styvendael, Vice-président de la Métropole de Lyon en charge de la culture, lors de la Table Ronde dédiée au prix, en présence de Wilfried N’Sondé, Mathieu Palain et Abel Quentin, les 3 autres auteurs sélectionnés pour cette édition, Maria Pourchet étant absente.
Depuis 5 ans, la Fête du Livre de Bron, propose aux lecteurs de la Métropole de Lyon de participer au Prix Summer. Pour cette 5ème édition, ce sont plus de 800 lecteurs/jurés inscrits dans une cinquantaine comités de lecture du territoire métropolitain qui ont acceptés de relever le défi de l’édition 2022 !

 

Julia Kerninon – lauréate Summer 2021©Paul Bourdrel

Le Prix Summer 2021 a été remis le vendredi 12 mars, à Julia Kerninon lors de la Table Ronde dédiée au prix, en présence de Miguel Bonnefoy, Négar Djavadi, Thomas Flahaut et Hugo Lindenberg, les 4 autres auteurs sélectionnés pour cette édition. Julia Kerninon a reçu son Prix pour Liv Maria (Éditions L’Iconoclaste) des mains de Cédric Van Styvendael, vice-président de la Métropole de Lyon.

Cette rencontre diffusée en direct sur notre site n’a certes pas connu la chaleur humaine des éditions précédentes qui rassemblaient chaque année 400 lecteurs impatients, mais elle a mobilisé près de 700 internautes. Une rencontre à revivre ici. 

Anne Pauly – lauréate Summer 2020©Paul Bourdrel

Pour la 3ème édition du Prix, ce sont 627 lecteurs/jurés inscrits dans 41 médiathèques du territoire métropolitain qui ont participé au Prix Summer 2020. Le prix a été remis le vendredi 14 février, à Anne Pauly pour son 1er roman Avant que j’oublie lors de la
Table Ronde dédiée, en présence de Julia Deck, Hélène Gaudy, Vincent Message et Sylvain Prudhomme, les 4 autres auteurs sélectionnés pour cette édition. Anne Pauly a reçu son Prix des mains de la vice-présidente de la Métropole de Lyon et du Maire de la Ville de Bron, devant une salle comble.
Une très belle rencontre d’ouverture pour la 34ème édition de la Fête du Livre de Bron.

 

Tiffany Tavernier – lauréate Summer 2019©Paul Bourdrel

 

Monica Sabolo – lauréate Summer 2018©Paul Bourdrel

Le Prix des lecteurs de la Fête du Livre de Bron et de la Métropole de Lyon s’intitule le Prix Summer, en référence au roman de Monica Sabolo, lauréate de la première édition.

Depuis 5 ans, la Fête du Livre de Bron, invite chaque année 5 auteurs à participer au Prix Summer. Découvrez la famille Summer ainsi créée.

SÉLECTION 2022
©Paul Bourdrel
Femme du ciel et des tempêtes, Wilfried N’Sondé, Actes Sud – Ne t’arrête pas de courir, Mathieu Palain, L’iconoclaste – Feu, Maria Pourchet, Fayard  – Le Voyant d’Etampes, Abel Quentin, L’Observatoire – Blizzard, Marie Vingtras, L’Olivier (Premier roman)

SÉLECTION 2021©Paul Bourdrel
Héritage, Miguel Bonnefoy, Rivages – Arène, Négar Djavadi, Liana Levi – Les nuits d’été, Thomas Flahaut, Ed.de l’Olivier – Liv Maria, Julia Kerninon, L’Iconoclaste – Un jour ce sera vide, Hugo Lindenberg, Christian Bourgois (Premier roman)

SELECTION 2020

©Paul Bourdrel
Propriété privée, Julia Deck (Les Éditions de Minuit) – Un monde sans rivage, Hélène Gaudy (Actes Sud) – Cora dans la spirale, Vincent Message (Seuil) – Avant que j’oublie, Anne Pauly (Verdier) (Premier roman) – Par les routes, Sylvain Prudhomme (Collection L’arbalète/Gallimard)

SÉLECTION 2019

©Paul Bourdrel
Midi, Cloé Korman (Seuil) – Leurs enfants après eux, Nicolas Mathieu (Actes Sud) (Premier roman) – L’hiver du mécontentement, Thomas B. Reverdy (Flammarion) – Les exilés meurent aussi d’amour, Abnousse Shalmani (Grasset) – Roissy, Tiffany Tavernier (Sabine Wespieser)

SÉLECTION 2018

©Paul Bourdrel
Ma Reine, Jean-Baptiste Andréa (L’Iconoclaste) (Premier roman) – Une fille dans la jungle, Delphine Coulin (Grasset) – L’invention des corps, Pierre Ducrozet (Actes Sud) – La vie sauvage, Thomas Gunzig (Au Diable Vauvert) – Summer, Monica Sabolo (J.C Lattès)

 

Bibliothèque d’Albigny-sur-Saône 
Médiathèque Jean Prévost (Bron)
Bibliothèques universitaires – Université Lumière Lyon 2 (Bron)
Médiathèque Le 20 (Champagne-au-Mont-d’Or)
Médiathèque de Chassieu
Bibliothèque de Collonges-au-Mont-d’Or
Médiathèque de Corbas
Bibliothèque de Couzon-au-Mont d’Or 
Médiathèque l’Odyssée (Craponne)
Bibliothèque de Curis-au-Mont-d’Or
Médiathèque de Dardilly
Médiathèque Le Toboggan (Décines-Charpieu)
Médiathèque d’Ecully
Bibliothèque de Fleurieu-sur-Saône
Bibliothèque de Genay
Médiathèque Max-Pol Fouchet (Givors)
Bibliothèque de La Mulatière
Bibliothèque de Limonest
Bibliothèque de Lissieu
Bibliothèque du 1er (Lyon 1er)
Bibliothèque de La Part-Dieu (Lyon 3ème)
Bibliothèque Lacassagne (Lyon 3ème)
Bibliothèque de la Croix-Rousse (Lyon 4ème)
Bibliothèque de Gerland (Lyon 7ème)
Médiathèque du Bachut – Marguerite Duras (Lyon 8ème)
Bibliothèque de la Duchère (Lyon 9ème)
Médiathèque de Vaise (Lyon 9ème)
Médiathèque de Meyzieu / Centre social de Meyzieu
Médiathèque Jacques Prévert (Mions)
Bibliothèque de Montanay
Médiathèque Jacques Brel (Neuville-sur-Saône)
Médiathèque La Mémo (Oullins)
Médiathèque Elsa Triolet (Pierre-Bénite)
Bibliothèque de Poleymieux-au-Mont-d’Or
Médiathèque ESQALE (Quincieux)
Médiathèque de Rillieux-la-Pape
Bibliothèque de Rochetaillée-sur-Saône
Bibliothèque de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or
Bibliothèque de Saint-Didier-au-Mont-d’Or
Médiathèque de Saint-Fons
Médiathèque B612 (Saint-Genis-Laval)
Médiathèque de Saint-Genis-les-Ollières
Bibliothèque Saint-Exupéry (Saint-Germain-au-Mont-d’Or)
Médiathèque François Mitterrand (Saint-Priest)
Bibliothèque de Saint-Romain-au-Mont-d’Or
Bibliothèque Léopold Sédar Senghor (Sainte-Foy-lès-Lyon)
Bibliothèque de Sathonay-Village
Médiathèque MédiaLune (Tassin la Demi-Lune) 
Médiathèque de Vaulx-en-Velin
Médiathèque Lucie Aubrac (Vénissieux)
Maison du livre de l’image et du son – François Mitterrand (Villeurbanne)

Et les comités de lecture de la Métropole de Lyon, de l’EM Lyon, de Sciences Po Lyon, de l’École Nationale Supérieure d’Architecture à Vaulx-en-Velin, et de la Maison du Citoyen à Villeurbanne.

Wilfried N’Sondé, Femme du ciel et des tempêtes (Actes Sud)
Mathieu Palain, Ne t’arrête pas de courir (Éditions L’Iconoclaste)
Maria Pourchet, Feu (Éditions Fayard)
Abel Quentin, Le Voyant d’Etampes (Les Éditions de l’Observatoire)
Marie Vingtras, Blizzard (Éditions de l’Olivier)

Cinq auteurs, cinq romans de natures différentes qui ont en commun de porter un regard singulier sur le monde et de décliner un univers romanesque particulièrement inventif. Du grand récit écologique de Wilfried N’Sondé au thriller psychologique de Marie Vingtras, en passant par la non fiction de Mathieu Palain, la comédie humaine contemporaine d’Abel Quentin et le grand roman amoureux – et générationnel – de Maria Pourchet, ce sont tous les registres de l’écriture romanesque qui sont à l’oeuvre dans des livres qui symbolisent chacun à leur façon l’idée qu’on se fait de la littérature.

Wilfried N’Sondé
– jeudi 9 décembre à 19h à la bibliothèque municipale Maison Meunier /
Saint-Didier-au-Mont-d’Or (en partenariat avec la médiathèque
d’Écully et la bibliothèque de Lissieu).
– vendredi 10 décembre à 19h à la médiathèque Lucie Aubrac de Vénissieux.

Mathieu Palain

– jeudi 13 janvier à 19h à la médiathèque de Meyzieu.
– vendredi 14 janvier à 19h à la bibliothèque Léopold Sédar Senghor / Sainte-Foy-lès-Lyon.

Marie Vingtras

– vendredi 21 janvier à 19h à l’auditorium de l’Agora / Limonest (en
partenariat avec la médiathèque de Dardilly et la médiathèque Le 20,
Champagne-au-Mont-d’Or).
– samedi 22 janvier à 15h à la médiathèque François Mitterrand / Saint-Priest.

Maria Pourchet

– mercredi 26 janvier à 19h à la médiathèque Jean Prévost / Bron.
– jeudi 27 janvier à 19h30 à la mairie de Rochetaillée-sur-Saône.

Abel Quentin

– vendredi 4 février à 18h30 à la bibliothèque Paul Eluard / Vaulx-en-Velin.
– samedi 5 février à 11h à la médiathèque B612 / Saint Genis-Laval.